lundi 24 août 2026
Vespérale, Raphaëlle B. Adam, Ariane Gélinas
Vespérale
Raphaëlle B. Adam, Ariane Gélinas, 2025, Alire
Je me suis souvent demandé comment il était possible de s’organiser à deux têtes pour écrire une fiction, sans forcément trouver de réponse à ce questionnement. Vraisemblablement, les autrices — Raphaëlle B. Adam et Ariane Gélinas — ont percé ce secret puisque je viens de reposer Vespérale, une novella écrite à deux mains (ou quatre, si l’on considère les claviers d’ordinateur). Deux autrices pour deux personnages principaux, en tout cas parmi les humains : Charles, féru de randonnée et de nature, sensible aux effluves des lichens et au souffle du vent, et Vianne, son « ex-meilleure amie », partie le rejoindre à la suite d’un message pour le moins sibyllin : « C’est fini », accompagné de coordonnées géographiques, celles de l’Acropole des Draveurs.
Lors de l’ascension de Vianne vers ce point de rendez-vous incongru situé au faîte d’une montagne, les points de vue s’enchevêtrent dans les chapitres tout en livrant des souvenirs douloureux de l’enfance et de l’adolescence, des secrets honteux qui pèsent encore sur la conscience des deux amis et qui ont façonné leur existence à l’aide d’une glaise déséquilibrante. Ces passages en flash-back sont empreints d’une pointe de mélancolie qui égratigne forcément chaque lecteur, le confrontant à ses propres souvenirs, plus ou moins glorieux.
Cette recherche éreintante — ce n’est pas vraiment une randonneuse dans l’âme, Vianne, créature urbaine gavée d’applications type Tinder et d’anglicismes —, introspective et contemplative, se transforme en ode à la nature et aux êtres qui la composent, donnant une âme et une unité à ce troisième personnage qui sourd sous la brise et ne fait plus qu’un avec lui-même. À une époque où beaucoup de nos contemporains considèrent les forêts, les rivières et les lacs comme de simples décors instagrammables, il est particulièrement réjouissant de lire des autrices donnant corps à une création — créature suprahumaine et magique à la fois, végétale et minérale… Mais je n’en dévoilerai pas davantage.
Si l’issue se laisse progressivement entrevoir, sa réalisation, contée dans une poésie en prose, surprend et provoque l’enthousiasme dans la description de la « métamorphose ». Tout comme le dénouement, où Nathanielle, amoureuse de Charles et rivale de Vianne, rejoint son bien-aimé : une séquence qui m’a rappelé le premier Evil Dead, mais dans un tout autre registre (les arbres, ces coquins…).
En filigrane, certains pourraient y déceler des thèmes plus contemporains : les amitiés contrariées, les relations toxiques, les blessures de l’enfance. Il y a de cela aussi, bien évidemment, dans Vespérale, mais je me suis davantage laissé prendre par la contemplation de la magnifique nature québécoise, à travers cette randonnée vers l’absolution des corps et des âmes. (D.L)
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