jeudi 4 janvier 2018

B-Movie Posters volume 1 disponible


Nous l'espérions pour Noël, ce fut pour nos étrennes. Qu'importe ! B-Movie Posters trône bel et bien dans nos pognes et augure de nombreuses fractures rétinales tant l'objet se pare de toutes les couleurs de la série B. Dans une préface où Damien Granger revient sur la genèse du projet, il met également en exergue l'ignorance qui nous étreint quant à la série B de 1980 à nos tristes jours, celle du direct-to-video, des chaines câblées américaines, des troisièmes parties de soirées d'antan (les Hollywood Night de nos boutonneuses années).
 Le livre, riche de 212 pages, nous inonde d'illustrations folles, de chroniques subjectives mais affectueuses (sans cynisme ni opportunité mercantile).
 Les heureux souscripteurs du crowfounding ont déjà la bête (comme mij), les autres peuvent se ruer sur ce lien paypal pour réparer cette erreur.



lundi 1 janvier 2018

Nosferatu.com en DVD



Nosferatu.com



Le found fountage, depuis quelques années, a le vent en poupe. Très prisé des amateurs de cinéma d’épouvante, il ajoute un soupçon de véracité aux intrigues qui nous sont contées en les inscrivant dans une réalité palpable. Malheureusement, ce procédé génère les défauts de ses qualités et certains griefs lui sont généralement adressés : images saccadées voire floues, pénombre frustrante, montage elliptique, plans fixes sur un décor où il ne se passe rien, attente interminable d’une action … Des écueils qu’évite Nosferatu.com, le film de Julien Dève. Des chasseurs de monstres réunis autour d’un blogueur, Jérémy (Anthony Lefebvre) visitent et investissent une immense usine désaffectée où un homme aurait disparu quelques jours plus tôt. Jérémy ne croit pas la version officielle des autorités et subodore que des créatures surnaturelles, pourquoi pas des vampires, s’avèrent les responsables de sa disparition. La fine équipe (trois binômes investiguant chacun une partie des lieux) se montre au départ dubitative quant aux intuitions du blogueur. Les blagues fusent sanctionnées de rires gras. Pourtant, bientôt, la nature des lieux fait son effet sur ces surnatural busters du cru. La découverte d’une pièce malodorante remplie d’inscriptions cabalistiques, peinturlurée de pentagrammes semblent abonder dans le sens de Jeremy. Les bruits se font plus mystérieux et inquiétants… Et tout s’accélère…
 Je ne vais évidemment pas raconter tout ce qu’il se passe jusqu’au dénouement prophétique (le dernier plan après le générique) mais l’amateur de Fantastique en aura pour sa maille car bien évidemment, cette ancienne laiterie est truffée de créatures vampiriques, conjuguant férocité et appétit vorace. Pour couronner le tout, dans le même temps, se tourne une émission de téléréalité, sorte de L’amour est dans le pré version hardcore où un homme et une femme (chabadabada) se rencontrent dans des conditions extrêmes. En l’occurrence, ils doivent passer la nuit dans l’usine désaffectée, filmés par une caméra indiscrète et en supportant les commentaires d’une présentatrice un brin godiche, le genre à sourire face caméra et faire du pâté de groin une fois le tournage stoppé.  Ce ne sera pas l’amour au rendez-vous mais plutôt la mort…
Produit par l’usine à films, Nosferatu.com recèle de beaux effets spéciaux : les vampires ont un aspect effrayant accentué par le principe du « found footage ». Les auteurs n’ont pas lésiné sur quelques séquences gore : le policier tué ou quelques morsures. Nous devinons aisément que les moyens étaient limités (une campagne de crowdfounding fut d’ailleurs dédiée à cette production) mais les auteurs font tout pour que le film fonctionne : le décor de cette usine ressemble à un dédale sans fin de pièces délabrées, la figuration est importante. Souvent dans les productions amatrices ou semi-professionnelles, là où le bât blesse c’est au niveau de l’interprétation. Ici ce n’est pas le cas, nous sentons que les gens impliqués sur le film l’ont pris au sérieux et le long métrage (69 minutes) ne souffre pas de ce défaut inhérent à ce type de productions.
Au final, le film est porteur de promesses. J’aspire à découvrir les prochaines productions de l’usine à films et voir ce que Julien Dève pourrait mettre en scène avec davantage de moyens. Pour les aider et passer un bon moment, vous pouvez d’ores et déjà commander le DVD du film (avec un court métrage, amorce  de ce long et un making off) disponible sur le shop de l’usine à films.
Nosferatu.com mérite d’être découvert : bel exemple de found footage maitrisé adapté à son sujet (le vampirisme) et belle preuve de la vitalité d’une jeune génération de réalisateurs qui ne demande qu’à s’exprimer.

Didier Lefèvre

samedi 30 décembre 2017

L'empreinte de Frankenstein chez Elephant Films



L’empreinte de Frankenstein  (The Evil of Frankenstein, 1963)
Un film de Freddie Francis



  "Pas de côté" comme le souligne Nicolas Stanzick dans le supplément du Blu-ray, le plus universalien des Frankenstein par la Hammer, L’empreinte des Frankenstein ne jouit pas d’une très grande réputation : à tort. Le film s’avère même à redécouvrir d’urgence. Considéré injustement comme l’un des épisodes les plus faibles de la série (il faut dire qu’il succède chronologiquement au merveilleux La revanche de Frankenstein), L’empreinte de Frankenstein s’inscrit pourtant dans la droite lignée des films précédents et nous permet de cerner voire d’expliquer l’évolution psychologique du Baron. Nettement plus envisagée comme une saga, la série des Frankenstein évolue tout au long des 6 « épisodes » (nous soustrayons volontairement celui avec Ralph Bates) qui lui seront consacrés. Toutefois à l’inverse des Dracula, davantage un reflet de la société britannique d’alors, les Frankenstein conservent ce charme désuet des films « en costumes ». Peter Cushing et les différents scénaristes qui travaillèrent sur les diverses aventures ont parfaitement saisi le personnage. Le seul petit reproche que l’on pourrait adresser aux producteurs, c’est que, pour respecter la continuité de cette gigantesque épopée, L’empreinte de Frankenstein aurait dû être tourné après Frankenstein créa la femme. Expliquons-nous ! Premier épisode : Frankenstein s’est échappé, le jeune scientifique voit son expérience échouer à cause de l’incrédulité du peuple (c’est un raccourci certes) ; Deuxième épisode (La revanche) : Frankenstein maîtrise tant l’élaboration physique que psychique de sa création (création, et non créature tant le personnage à qui il redonne la vie apparait parfait en tous points). Il échoue cette fois à cause de la jalousie de ses pairs. Troisième épisode, imaginons qu’il s’agisse de Frankenstein créa la femme. Cette fois, Frankenstein s’est éloigné de la ville et parvient à créer une femme parfaite, néanmoins c’est au tour de la créature de choisir sa destinée sans aucune intervention extérieure, ce qui, et nous le découvrons à la fin du film, rend le Baron, sans mauvais jeu de mot, amer. Quatrième épisode : L’empreinte de Frankenstein. Cette fois, le scientifique en a assez d’être pourchassé pour ce qu’il estime de mauvaises raisons (extrêmement bien expliqué par le scénario dans la première partie du film) et, pris d’un coup de tête caractéristique de son esprit audacieux, il décide de retourner sur les lieux mêmes de ses premiers forfaits : Karlstadt. John Elder, le scénariste recycle des histoires prévues pour Tales of Frankenstein et propose une étonnante rencontre puisque le Baron s’allie avec Zoltan, un hypnotiseur, maître de l’occulte, surprenant de la part d’un esprit aussi cartésien et scientifique que le sien. Le rationnel se conjugue à l’irrationnel en quelque sorte. Un mariage détonant comme l’illustre la suite de l’intrigue. Episode 5 : Le retour de Frankenstein nous montre un homme lassé par toute l’hypocrisie, assumant toute sa férocité et sa cruauté avec cynisme et pétant littéralement les plombs puni finalement par sa créature. Enfin, le dernier volet de cette fantastique histoire, Frankenstein et le monstre de l’enfer nous dévoile un homme qui a considérablement vieilli, fatigué d’une vie gâchée et qui n’est plus convaincu par son combat… Regardez les 6 films dans cet ordre et vous passerez un excellent moment !





 Au final, L’empreinte de Frankenstein s’avère peut-être le film qui fait le moins de concessions comme disent les américains, le film est tout sauf un « crowd pleaser », rien dans sa conception scénaristique ou artistique n’est réalisé pour plaire au public. Freddie Francis, toujours aussi élégant dans sa mise en scène de la lumière, nous dépeint en fait la misère humaine qu’elle soit physique (la jeune sourde et muette, le baron et son assistant obligés de vagabonder, presque clochardisés lorsqu’ils se couchent dans la grotte, la tristesse d’une fête foraine pitoyable) ou psychologique (le bourgmestre pilleur des biens du Baron, l’hypnotiseur abusant de ses pouvoirs à des fins de vengeance ou par cupidité). Freddie Francis dresse là un portrait de l’humanité funestement sinistre. La créature, malgré un maquillage d’inspiration Karloffienne mâtiné de papier mâché, n’est pas sans provoquer sa dose d’émotion. Véritable film charnière dans la psychologie du scientifique, L’empreinte de Frankenstein augure les débordements violents futurs du personnage – voire sa façon de traiter son assistant ou de bousculer la jeune femme -, une nouvelle fois merveilleusement interprété par Peter Cushing au faîte de son art. 



 Le public contemporain se gaussera peut-être de quelques transparences grossières ou d’une explosion finale riquiqui, il aura tort car nous ne pouvons que nous incliner devant l’incroyable modernité de la Hammer.
Romain HERMANT & Didier LEFEVRE



mercredi 27 décembre 2017

Paranoïaque de Freddie Francis en Bluray chez Elephant Films



Paranoïaque (Paranoiac, 1963)
Un film de Freddie Francis



  Premier film de Freddie Francis pour le studio Hammer en tant que réalisateur, Paranoïaque se révèle être un mini-Hitchcock, veine creusée par la compagnie dans le sillage du succès de Psychose. Le scénario est signé du spécialiste maison à savoir Jimmy Sangster, aussi habile pour dérider les vieux mythes de l’Epouvante que pour s’inspirer des thrillers triomphants au box-office. Il adapte ici un roman de Josephine Tey, paru en 1949, « Brat Farrar » dont la Hammer acquit les droits en 1954. Jimmy Sangster fut lui-même un romancier créant le personnage de Snowball dans une série de polars. Son script recèle tous les ingrédients du mini-Hitchcock : une histoire familiale trouble lestée de secrets terrifiants, une frangine qui perd la raison (Janette Scott) et qui ne désire qu’une chose rejoindre son frère dans l’au-delà, un autre frangin alcoolique, colérique et dépensier (formidable Oliver Reed aussi à l’aise dans la défroque de Simon qu’un saumon dans les eaux pures d’un torrent de montagne), une vieille tante bigote et renfrognée. Un jour, Tony, que l’on croyait mort,  réapparait dans cet univers. Est-ce vraiment ce frère suicidé ou un imposteur envieux de la fortune familiale ? Toujours est-il qu’il tombe amoureux de sa sœur embaumant le film de Francis des effluves sulfureux de l’inceste… L’intrigue, alambiquée et ténébreuse, nous amène aux confins de la folie puisque Simon (Oliver Reed) et la tante (Shiela Burrel) pratiquent d’étranges rites dans la chapelle abandonnée de la vaste demeure. Et si c’était en ce lieu que se cachait le « cœur-révélateur » (clin d’œil à Poe) de cette machination ? Je n’en dirai pas plus pour ne pas éventer un dénouement aux multiples twists.


 La photographie en noir et blanc d’Arthur Grant et la mise en scène de Francis collent parfaitement à cette ambiance gothique où le réel bascule inexorablement dans l’irréel. Une séquence magnifique en témoigne, celle où Oliver Reed se débarrasse de Françoise l’infirmière (Liliane Brousse). Il la noie dans une mare du domaine, un assassinat complètement suggestif puisque seule une envolée de canards nous indique son terrible forfait. Pourtant, le dernier plan, sous la surface de l’eau,  nous montre Reed fasciner par cette disparition, cette enfouissement sous une surface, cette plongée dans un autre univers. Un plan magnifique qui, à lui seul, mérite que vous découvriez ce film. D’autres saynètes marquent également notre imaginaire comme lorsque la tante se muche derrière un masque grossier et brandit un crochet ou un couteau : une imagerie qui n’aurait pas juré dans un giallo transalpin où la figure du masque, du grimage est particulièrement répandue. 


 Paranoïaque fait partie des Hammer coproduits par l’Universal et donc distribués dans un superbe coffret d’Eléphant Films. Le Blu-Ray rend grâce au fantastique noir et blanc de la photographie. Dans les suppléments, Nicolas Stanzick revient sur le phénomène des thrillers made in Hammer. 




Didier LEFEVRE