dimanche 25 octobre 2020

Entretien avec Fanny MAGIER par Gene WILLOW

 

Entretien avec Fanny MAGIER 

 

Je suis ravi de vous présenter cet entretien avec l’actrice qui a incarné un des personnages les plus mémorables dans toute la filmographie de Jean Rollin — Fanny Magier. Fanny a joué Hélène dans Fascination, mon film favori. Souvenez-vous vous de la cheffe élégante de la compagnie des dames perverses assoifées de sang qui apparaît un peu après le milieu du film ? C’est Fanny Magier.


A part ça, Fanny est aussi connue pour des rôles tels que la victime de Françoise Blanchard dans La morte vivante de Jean Rollin, la mère de Messaline dans Caligula et Messaline et Agrippina dans Nerone e Poppea de Bruno Mattei & Antonio Passalia, aussi qu’environ vingt autres films d’exploitation cultes sortis entre 1978 et 1983.


Dans l’interview, Fanny a partagé quelques souvenirs de sa carrière cinématographique, 

pourquoi elle l’a arrêté, ce qu’elle a fait après et aussi ce qu’elle fait désormais. (Gene Willow)


Alors, passons aux choses sérieuses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Comment avez-vous commencé à faire le cinéma ?


Quand j’étais très jeune, je vivais chez une nourrice à la campagne, au nord de Paris (je suis de Paris).

 Un film est venu s'y tourner. En voyant le déroulement et tout ce qui se passait, je me suis dit “ 

Quand je serai grande, je serai actrice ”. 


De 20 à 25 ans, j’ai fait du dessin industriel (j’ai étudié le dessin industriel en mécanique générale).

 Puis j’ai rencontré un ingénieur français qui travaillait dans les Émirats. Je l'ai suivi. 

C'est après notre séjour de 2 ans à Sharjah près de Dubai, que j’ai décidé de commencer ma carrière

 d’actrice.


Ma devise est “ Il n’est jamais trop tard pour bien faire! ”

 J’avais un toit, de la nourriture, cela me suffisait.


J’ai pris des cours chez Florent et un autre cours (dont j’ai oublié le nom).

 J’ai commencé à faire de la figuration à la télé et j’ai fait mon premier film

 — Utopia avec Laurent Terzieff et Dominique Sanda.

 

Quels sont vos rôles et films préférés ?


Comme beaucoup d’acteurs, nous avons fait des films dont on n’a pas aimé souvent le résultat !

 J‘ai aimé Utopia — mon premier film. 

Travailler et partager un temps avec Laurent Terzieff était impressionnant.


Moi, j'aime beaucoup votre personnage dans Fascination  

 une femme aristocratique, élégante, sérieuse. 

Très en contraste avec les personnages de Brigitte Lahaie et Franca Maï, plutôt coquettes.

 Que retenez-vous du tournage de Fascination et de Jean Rollin lui-même ?


La caméra avait disparu ! Je n’ai pas vraiment de souvenirs.

 Je ne me rappelle même pas si Jean-Marie Lemaire [qui a joué l’héro principal dans Fascination]

 était déjà mon amant ou c’était après le film.


La caméra est disparu ? Véronique D-Travers, une amie proche et assistante de Jean Rollin

 depuis la fin des années 80, m'a dit dans un entretien que Jean Rollin avait l'habitude de perdre des choses.

 Une fois il a perdu un chèque de 90 000 € (60 000 Francs) pour un de ses films ! 

Heureusement, retrouvé dans le sous-sol de son immeuble d'appartements, 

dans la benne à ordures. Et il y avait des vols plusieurs fois sur les tournages aussi.


Vous vous souvenez un peu plus de détails sur cet accident avec la caméra, peut-être ?


La seule chose dont je me souviens — c’est qu'un matin on apprend que la caméra avait disparu. 

Je ne me souviens plus, s’ils l’avaient retrouvée ou s' ils ont été en chercher une autre !


J’aimais bien Jean Rollin. Je pense que sa vision de cinéma était bien particulière.

 Il devait bien m’aimer aussi puisqu’il m’a repris dans un autre de ses films.


Oui, Jean Rollin vous a fait tourner aussi dans La morte vivante

J'ai revu cette scène avant l'entretien. Mon Dieu, comme c'est épouvantable ! : )

 Peut-être gardez-vous quelques souvenirs de ce tournage aussi ?


Ce dont je me souviens de la scène La morte vivante, où Françoise Blanchard me tue,

 c’est que j’étais totalement épuisée à la fin de la journée.


C’est curieux, il s’est souvent passé des choses bizarres dans les tournages de films d’horreur.

 J’ai fait un film en Belgique avec Roger Van Hool — Lock, un film de Maxime Debest. 

Et là, c’était l’équipe de tournage qui avait un problème financier avec le producteur. 

La production n’avait pas payé l’équipe. Donc ils ont arrêté de travailler !


Vous étiez amies avec Françoise Blanchard ? 

Je vous vois tourner ensemble au moins dans trois films :  

La morte vivante, Nerone e Poppea, Caligula et Messaline. Que souvenez-vous de Françoise ?


On était amies pendant très longtemps. Je l'ai présentée pour plusieurs films. 

C'était en fait ma meilleure amie. Et puis nous nous sommes perdu de vue 

quand je suis revenue vivre aux États-Unis en 1994.


Ce dont je me souviens de Françoise, c'est qu’elle avait toujours une bonne marque de bouteille de champagne

 dans son frigidaire ! Elle avait de très belles mains, des doigts longs et fins.


Françoise m'avait vraiment impressionnée quand elle m'avait révélé tout au début de notre rencontre

 qu'elle était une ancienne toxicomane. Elle était plusieurs années auparavant accro à l'héroïne

 et elle s’est arrêtée toute seule. Il faut avoir une force énorme pour pouvoir s'arrêter toute seule. 


Un jour, pour mon anniversaire, elle m’avait fait la surprise de m'offrir de l’eau de toilette

 qui était parfaite pour moi, alors que j’avais toujours eu un grand problème pour en trouver une qui me convienne !


Vous avez dit que Jean-Marie Lemaire était votre amant. 

Je vous vois ensemble dans au moins deux films : Fascination et Convoi de filles

Pourriez-vous vous souvenir quelque chose de lui ?


Jean-Marie était un personnage intéressant et mystérieux. Il était venu sur mon tournage  

Lock que je tournais en Belgique (son pays natal). Il était venu me chercher pour que nous

 allions voir le film Shining. Il m’avait félicité de la scène que je venais de faire. Il m’a fait sentir 

comme une star, par la façon de me parler. Il m’a fait sentir vraiment bien. Il savait faire des gens être contents d’eux. C’est une qualité rare.


Il avait beaucoup de qualités. Il était respectueux, galant, un vrai gentleman, généreux de son temps,

 de ses connaissances.


Vous avez aussi souvent rencontré les mêmes acteurs notables dans plusieurs films : 

Muriel Montossé (dans Fascination, Contes de la Fontaine, Belles, blondes et bronzées, 

Trop au lit pour être honnête), aussi au moins une fois Pamela Stanford, Claudine Beccarie, Monica Swinn…

 Avez-vous des souvenirs de ces actrices-la (ou peut-être des autres) ?


Je suis resté amie avec Muriel. D’ailleurs, elle est venue me visiter l'année dernière en août à Los Angeles 

et nous avons célébré mes 70 ans. J'ai beaucoup d'admiration pour Muriel et pour son courage, sa ténacité. 

Elle a eu des dures moments dans sa vie. Chapeau.


Les autres actrices, je ne les connaissais pas vraiment.

 

 

 

 


Pouvez-vous vous souvenir quelque-chose à-propos les autres réalisateurs avec qui vous avez aussi travaillé ?

 Pour vous rappeler un peu:


Bruno Mattei et Antonio Passalia (dans Caligula et Messaline et Nerone e Poppea), Jesús Franco

 et Pierre Chevalier (dans Convoi de filles), Jose Benazeraf (dans Les contes de la Fontaine), 

Claude Mulot (Le jour se lève et les conneries commencent), Jacques Marbeuf (Trop au lit pour être honnête),

 Joël Séria (San-Antonio ne pense qu'à ça), et les autres.


Avec qui d'eux aimiez-vous travailler le plus (ou moins) ?


Claude Mulot était un copain, donc sympa de tourner avec lui. C'était une super ambiance. 

Mais j’ai fait qu’un petit truc sur son film. Jacques Marbœuf était sympa, savait ce qu'il voulait. 

C'était super de tourner avec Ticky Holgado pour qui c’était son premier film.


Pour le film Utopia, Iradj Azimi était un bon réalisateur. Et pour le reste — trop lointain pour m'en souvenir à part les dramas. 

 Il y a si longtemps ce passage de ma vie, que j’ai oublié plein de souvenirs. 


Je pense que je l'ai dit auparavant, pas mal d'acteurs font de mauvais films et très peu dont ils sont fiers.

 Moi je pense que j'ai fait pas mal de mauvais films. Je dois être honnête avec moi-même, où je ne me trouve pas bonne. Peut être suis-je la seule à penser de cette façon.


Peut-être il n'y a pas énormément de grands chefs d'œuvre dans votre filmographie, mais il y en a.

 Les films très notables comme Fascination, La morte vivante, Nerone e Poppea, Caligula et Messaline.

 Il y a beaucoup de gens qui sont passionnées particulièrement par les films pareils (cinéma bis),

 qui prennent le plaisir en les regardant, moi inclus. 

Ce que je veux dire, c'est que vous avez une raison sérieuse pour être contente de votre contribution 

dans le cinéma. Les cinéphiles toujours regardent vos films, 

après les décennies, et reçoivent des bonnes émotions, grâce à vous.


Je suis surprise, mais merci, cela fait plaisir d'entendre ça.


Je vois que je me critique de trop.