jeudi 25 octobre 2018

AVANT GOUT... un peu de Médusa Fanzine n°29 ...



Je l'avais annoncé, je ne serai pas en mesure de livrer un Médusa Fanzine en 2018, trop occupé, par ailleurs,  à me farcir des livres de sociologie des organisations et autres schémas heuristiques. A un moment, j'ai pensé vous délivrer tout de même un fast-zine compilant quelques chroniques de pellicules dévorées cet été, j'avais même rencardé mon maquettiste favori sur le coup, puis l'envie est passée comme une colique engendrée par l’absorption d'un kebab faisandé. Faut dire que cet été, j'ai pris un putain de direct dans le pif avec la sortie du dernier Vidéotospie, quintessence de l'esprit séminal du fanzinat, un zine qui m'a réconcilié avec le fandom et a remis l'église au centre du petit village des zineux. Non, désolé, sorry, le faux do-it-yourself ne passera pas par moi, plus maintenant, pas après presque trente ans de loyaux services dans le bazar. J'ai passé l'âge de suivre les modes, le Médusa Fanzine n°29 sera tel que je le veux, point barre, ultime soubresaut d'une passion dévorante qui m'a rongé l'âme toute ma vie. Cette fois, la date est posée : printemps-été 2019, un peu après la chute de New York, histoire de souffler quelques bougies avec les copains et surtout d'offrir une part du gâteau aux lecteurs pour se régaler encore.
Le sommaire de ce prochain opus est déjà bien avancé et nous comptons notamment nous pencher sur le cas de Jason BLUM, producteur (au bon sens du terme) et instigateur d'un souffle nouveau dans la production horrifique américaine. Pour se faire, nous avons notamment causé avec Lucas HESLING, auteur de BlumHouse, De Paranomal Activity à Get Out, L'histoire de la maison de production et de son créateur, Jason Blum à l'origine du renouveau du cinéma d'Horreur. 

Voici pour patienter, en avant-première, deux questions de l'entretien qui paraitra dans le prochain Médusa !


Médusa Fanzine : Jason BLUM, opportuniste ou stratège ?
Lucas HESLING : Je dirais les deux ! Mais en aucun cas dans le mauvais sens du terme. Opportuniste, il l’est dans sa façon de miser sur des concepts, des idées originales et des auteurs de talents. S’il voit passer un excellent scénario ou un auteur prometteur, il met le grappin dessus. Et il n’y a aucun mal à cela, c’est même tout le travail d’un bon producteur. Et cette forme d’« opportunisme » n’est pas sans risque puisqu’on ne peut être convaincu qu’une idée est bonne que lorsque le film est soumis au public. C’est ainsi que Jason BLUM a essuyé plusieurs échecs.
Stratège, Jason BLUM l’est dans sa façon de prendre des risques tout en en minimisant leurs conséquences. Il est conscient que ce n’est pas le budget qui fait la réussite d’un film mais bien son auteur. On voit bien ce que ça a donné avec les derniers films de M. Night SHYAMALAN. Alors que ses films précédents à gros budget (150 M$ pour Le Dernier Maître de l’air et 130 M$ pour After Earth) avaient connu un échec au box-office, ses deux dernières œuvres, beaucoup plus modestes financièrement (5 M$ pour The Visit et 9 M$ pour Split), ont quant à elles connu un véritable succès tant auprès du public que de la critique. Lorsque Jason BLUM a choisi de collaborer avec SHYAMALAN après ces deux échecs, il n’y avait évidemment aucun opportunisme de sa part, mais bien l’ambition de travailler avec un auteur talentueux sur des projets prometteurs.
Ce savoir-faire ne serait rien sans la passion de BLUM pour le cinéma d’horreur. Si tout bon producteur doit être un bon stratège, il doit aussi être passionné par son travail. C’est comme ça que Jason BLUM est parvenu à réconcilier film indépendant et rentabilité, et à ne pas tomber dans la facilité de faire un cinéma sans prise de risques.



Médusa Fanzine : Certaines franchises « historiques » (Halloween) atterrissent dans leur giron, est-ce pour acquérir une crédibilité auprès des fans ou par esprit mercantile ?
Lucas HESLING ; Bien sûr, c’est difficile de faire la part des choses entre l’intention profonde du producteur et ce qu’il dit vouloir faire à travers les médias. Mais dans le cas de Jason BLUM, on constate une véritable ambition de faire du bon cinéma et de respecter les fans. Jason BLUM avoue d’ailleurs lui-même être quelque peu réfractaire à l’idée de produire des remakes et que s’il a produit Halloween, c’est seulement parce qu’il lui semblait pouvoir réunir tous les ingrédients d’une bonne recette. De plus, il n’aurait sans doute pas fait le film si Jamie Lee CURTIS ou John CARPENTER n’avaient pas répondu présents. Quoiqu’il en soit, ce nouveau Halloween est bien plus respectable que d’autres tentatives de reboot telles que Texas Chainsaw 3D (produit par Lionsgate), qui avait coûté 20 M$ là où le nouveau Halloween a coûté la moitié, soit 10 M$. Je trouve ce nouveau Halloween plutôt réussi même s’il manque quelque peu de nouveauté. On dirait qu’il est difficile de renouveler la saga. Quoiqu’il en soit, le film reste d’une très bonne facture et offre aux fans de la franchise des scènes mémorables.



La suite et bien plus encore dans le prochain Médusa ! (D.L)

Je vous conseille également de lire la chronique de David Didelot consacrée au livre dans la crypte toxique.
Pour commander l'ouvrage : par ici.

Photo de la promo d'Halloween à Time Square par Christophe Fournier.

samedi 22 septembre 2018

Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur montone... mais heureusement v'là le Retro Wizard Day


Eric Charden l'avait scandé en se trémoussant dans une chemise entrouverte,  laissant apparaitre des poils de torse plus luisants qu'un halo de lucioles, l'été sera chaud et il le fut. Un sale temps pour les bêtes grasses qui s’exaspérèrent des températures trop élevées,des relations diplomatiques presque rompues avec la Belgique après une tête d'Umtiti (mais ça m'a fait goder comme un jouvenceau devant son premier playboy) et une douce farniente à tous les étages lors de cette respiration estivale. Mais bon les meilleures choses ont une fin (comme Vidéotopsie par exemple) et déjà l'automne pointe le bout de son nez avec la belle nuit d'Halloween en point de mire... En attendant la saison des sorcières, un évènement se profile le dimanche 7 octobre dans la bonne ville de Liège, le Retro Wizard Day, convention fantastique dans tous les sens du terme où les gens sont heureux de se retrouver autour d'une passion commune pour la bonne cause  (les recettes des entrées vont à une association). Au programme des stands de galettes (DVD, BluRay), de livres, de figurines, d'affiches, de maquillage, de jeux de rôle, d'arts créatifs, j'en passe et des meilleurs ! Si Jean-Michel Peugeot a déclaré forfait,  j'y serai bien avec une poignée de Médusa dont le numéro 15 fraichement réédité (les envois sont partis pour les précommandeurs).  Vous pourrez d'ailleurs serrer la pogne de la fine fleur de la fanédition franco-belge puisque Vidéotopsie et Black Lagoon fleuriront également les étals de leurs plus belles plantes... Impossible de signer un billet le Retro Wizard Day sans saluer son instigateur, Pascal Gillon, un mec en or massif entouré d'une équipe de bénévoles formidables, sans eux nous ne pourrions pas nous réunir....

Vous pouvez acheter vos billets d'entrée par ici 

A l'occasion de cet évènement, j'ai réédité à quelques exemplaires des Médusa 16, 21, 24, 25, 27 et 28. Je priorise le RWD mais vous pouvez aussi les dénicher sur la petite tikbou de Médusa.

mardi 4 septembre 2018

FORNACIS d'Aurélia Mengin (2018)

"Now i can see black birds from the other side" (Baphomet Sunrise, Norma Loy)


Cela fait désormais plusieurs années que le cinéma d'Aurélia Mengin et Médusa Fanzine sont liés, plusieurs années que Médusa ouvre ses pages à l’œuvre hors du commun de la réunionnaise à l'origine du festival Même pas peur, sis sur l'île volcanique. Depuis, sa présence au sommaire constitue un "fil rouge" et j'éprouve une certaine fierté à avoir été le premier à me pencher sur ses productions y décelant une singularité qui ne laisse personne indifférent. Certes, ses films n'entrent dans aucune catégorie, ils ne se définissent pas à l'aune des étiquettes et des genres et son dernier ouvrage, Fornacis en est encore la preuve criante. 
Long métrage entièrement auto-produit, indépendant, underground, échappant aux réseaux traditionnels et ankylosés de la distribution et de la production, Fornacis s'avère impossible à résumer... Chacun, en fonction de ses ressentis, y éprouvera ses propres émotions, y projettera ses propres fantasmes , y vivra sa propre expérience. Il faut oser pénétrer cet univers construit en dehors des archétypes des genres ultra codifiés qui nous passionnent. Un film d'Aurélia Mengin s'appréhende l'âme à nu, débarrassée des oripeaux conditionnés par le cinéma traditionnel. Certains demeureront sur le seuil de son œuvre, incapables de franchir le pas. Honnêtement, je les plains de toutes mes forces.
 Férocement érotique, empreint d'un symbolisme animal, Fornacis est un road-movie intérieur, traversé de par en par par un deuil autant répulsif qu'attractif. Le spectateur, bousculé dans ses représentations, perd le fil du temps et  navigue entre le  passé, les souvenirs heureux, le présent dans un ailleurs et le futur minéral de son héroïne voyageant dans  une voiture de collection (et donc intemporelle). Elle roule en transportant l'urne de son amante défunte. Cette disparition a brisé les miroirs du réel et de l'autre côté c'est un monde fascinant qui l'attire... Au gré des rencontres et des routes empruntées, les stigmates corporels s'étendent sur sa peau comme les taches sur un buvard, transformant son apparence et son existence... Les tableaux se succèdent et forment les chapitres du film.
  Il faut prendre la filmographie d'Aurélia Mengin dans son ensemble et, ici comme auparavant, nous retrouvons ses marottes, ses obsessions, ses prédilections : la matière, les corps atteints dans leur intimité, altérés par l'amour plus que par la mort, le travail sur le son, les ambiances surnaturelles, l'expressionnisme, le symbolisme omniprésent. On pense à Fassbinder à la vision de Fornacis, au cinéma de Cattet et Forzani également  (notamment pour leurs fascinations et leur fétichisme communs), à David Lynch ou Oshima tout en gardant, fort heureusement,  son identité propre.
 Le cinéma d'Aurélia Mengin a beau être underground, il n'en est pas moins profondément lumineux, solaire, influencé par l'atmosphère et les couleurs volcaniques de la Réunion. Il s'agit d'un film pictural au sens premier du terme. J'employais plus haut le terme de "tableau", c'est exactement ça, tableaux surréalistes ou expressionnistes,  agrémentés par les décors et les costumes. Si les dialogues sont absents, le travail sur le son constitue un habillage important des images  : le bruissement du cuir, les cris, la musique, les bruitages. Tout concourt à influencer notre imaginaire.
 Il serait injuste de passer sous silence l'interprétation impliquée des comédiens principaux : Anna D'Annunzio, en femme vénéneuse presque louve, Aurélia Mengin dévouée corps et âme à son univers, Philippe Nahon ou encore Emmanuel Bonami, dans le rôle de Wolf (quand je parlais d'animalité....).
 Ce premier long-métrage donne encore plus de relief à l'univers d'Aurélia Mengin. Il n'est pas exempt de défauts naturellement mais je préfère en retenir la force créatrice, l'univers singulier et ses choix incompressibles.  Je ne serai que trop vous conseiller d'aller le découvrir en salle lors d'une programmation en festival, je crains que pour le moment ce soit le seul moyen de le voir.
(D.L)



mercredi 29 août 2018

REEDITION DU MEDUSA FANZINE n°15

Consécutivement au succès de la réédition du Médusa Fanzine n°16 et à la demande de quelques lecteurs qui désirent compléter leur collection, nous continuons à remonter le courant des Médusa. Place désormais au Médusa 15, initialement paru en octobre 1999, comptabilisant 90 pages.  La maquette est un brin hasardeuse, nous découvrions benoitement  les traitements de texte et autres logiciels de mise en page. Le sommaire faisait la part belle à Robin des Bois, dossier central de cet opus où les rubriques (déjà) habituelles trustaient l'essentiel de la pagination : Bismania, Alméria (les westerns), les polars italiens et Nostalgia. La filmo de Jacques Herlin complétait l'entretien paru dans le numéro précédent tandis que le zine se refermait sur le courrier des lecteurs, la zinotek et le cinéma amateur.
Il ne faut pas oublier l'entretien inaugural, également publié dans Hammer Forever et pour cause puisqu'il s'agissait de David Prowse, monstre de Frankenstein pour la Hammer et surtout Dark Vador dans La guerre des étoiles....

Le prix de cette réédition est de 11 euros. Il comprend les douloureux frais de port.
Le numéro sera disponible fin septembre-début octobre.
ça se commande ici 


dimanche 22 juillet 2018

SM LE MAUDIT

« Dans les rues de Berlin, j’ai pleuré l’Ange Bleu, dans le creux de tes reins, j’ai fait des envieux » (L’Horizon funèbre, Dead Rats)

Nous avions évoqué, il y a plusieurs mois déjà, l’univers singulier de Christophe BIER à l’occasion de la sortie de son ouvrage sur Joseph FARREL.  Il revient aujourd’hui avec une bande dessinée pour adultes, SM le Maudit dont il a signé le scénario. Les dessins sont l’œuvre de YXES, auteur de La Capitaliste Rhénane.  Il s'avère inutile de souligner outre-mesure la référence cinématographique du titre que chacun, ici, aura saisi à l’évidence. Après le roman, la bande dessinée offre à Christophe BIER un espace de liberté totale, une aire de jeux sadomasochistes où toutes les perversions éclosent dans les nuits chaudes du Berlin de l’entre-deux guerres, celui qui a vu naître le cinéma expressionniste allemand, les cabarets décadents ou encore Marlène DIETRICH
 Nous retrouvons au fil des pages les marottes de Christophe BIER : les femmes dominatrices montées sur des hauts talons, les cirques ambulants où s’exprime la beauté des Freaks, la soumission complaisante d’hommes ravalés au rang d’objets sexuels engoncés dans des corsets serrés, une cinéphilie aiguë qui puise ses racines dans les cinématographies européennes, le travestissement …  Le héros malgré lui, Siegfried Mann, jeune bellâtre qui rêve des feux de la rampe deviendra la vedette de films particuliers,  réservés aux femmes, de Hilda Von Kroft, réalisatrice géniale, ambitieuse et perverse. Au fil des pages, les humiliations et les punitions  gagnent crescendo en intensité  jusqu’à un apex sidérant dans un cirque sordide perdu dans les plaines moldaves…
Naturellement, la lecture de SM le Maudit est réservée, selon la formule,  à un public averti. Pouvait-il en être autrement ? Heureusement non !  Conjuguant références (les titres féminisés de succès cinématographies, décors cinégéniques) et fantasmes outranciers (dont je vous garde la primeur), SM le Maudit vous plonge bouillant dans un bain glacé. Véritable manège à sensations fortes pour reprendre une image foraine, cette BD explose les barrières de la bienséance et présente un récit fantasmagorique du sadomasochisme, très éloigné des succès contemporains (cinquante nuances et consort). Il y a des portes (vertes) qu’il faut oser franchir, au risque de s’y perdre,  pour gouter au miel mystérieux d’univers inexplorés.
(D.L)
Editions Dynamite, mars 2018.