mardi 25 août 2026
Punk ouvrier, Didier Wampas
Punk Ouvrier
Didier Wampas, HarperCollins, 2024
J’ai découvert les Wampas au mitan des années 90, en concert à Lille (à l’Aéronef, de mémoire). Une surprise d’autant plus savoureuse que ce n’était pas eux que j’étais venu écouter, mais j’ai été emballé comme un cadeau par les scouts, conquis et ravi de ce que je venais d’entendre. Frappé par l’énergie de leur chanteur, sautillant et bondissant partout sur scène ou dans la salle, invectivant le public, ruisselant de sueur, qui me donnait en live une définition du rock’n’roll.
Je les ai revus plusieurs fois, au moins une douzaine, faisant d’eux le groupe français que j’ai le plus souvent vu en concert. À chaque fois, la même communion, la même énergie… Je me souviens particulièrement d’un concert à Hénin-Beaumont où j’ai porté plusieurs fois Didier sur mes épaules, bien qu’il eût quelque peu surestimé mes capacités musculaires, qui ont toujours été proches de l’infirmité. J’avais récupéré, ce jour-là, son poignet-éponge (orange !), que j’ai moi-même porté très souvent en concert.
Je retiendrai aussi ce concert où nous avions joué avec les Dead Rats sur le même site que les Wampas — fête de la jeunesse à Lillers, peut-être ? Didier était venu nous écouter et était resté plus d’un morceau, ce qui m’avait fait dire que notre son ne lui était pas trop insupportable. Mon affection pour les Wampas s’est communiquée au groupe et nous avons parfois repris Les Bottes rouges, sans oublier la version de Manu Chao de Blewjob, à laquelle j’ai souvent prêté ma voix.
Pardonnez cette introduction personnelle, mais les liens invisibles qui me lient aux Wampas induisent forcément mon ressenti à la lecture de cette « autobiographie », même si le terme ne convient pas vraiment.
Dans un dialogue avec Christian Eudeline, Didier Wampas livre des souvenirs personnels qui expliquent son orientation musicale et son inclination pour le rock’n’roll. Il évoque d’ailleurs le Paris — et sa banlieue — du début des années 80, l’émergence du mouvement alternatif, la créativité qui animait ce réseau underground et les groupes qui naquirent de cette période trouble.
S’il est sincère, voire poétique, son regard ne verse jamais dans la mélancolie éplorée, mais offre une lecture intéressante aux personnes qui n’auraient pas connu cette période. S’ensuivent des anecdotes et sa version de l’histoire des Wampas — il conteste d’ailleurs certaines « biographies » officielles. Nous assistons donc au turn-over des musiciens, dicté par des tragédies (Marc Police…) ou des choix artistiques et personnels.
Le ton est celui de ses chansons, d’une sincérité empreinte d’autodérision, conjuguée à un amour inconditionnel du rock’n’roll. L’ensemble des paroles des différents albums est reproduit, accompagné d’une contextualisation par le chanteur lorsqu’il y en a une, ainsi que de révélations sur sa manière de travailler, d’écrire et de composer.
Il évoque bien évidemment son maintien à la RATP et son refus de devenir un fonctionnaire de la musique en devenant intermittent. Au fil des pages, sa personnalité se dessine entre les lignes, dans les égratignures qu’il laisse, en souriant, à quelques confrères, dans son refus d’intellectualiser artificiellement le rock ou de politiser ses paroles pour être dans le camp du « bien », et dans ses choix toujours dictés par l’image qu’il se fait d’un artiste et par une éthique inoxydable.
Son discours, très éloigné de celui d’une rock-star, en fait un personnage vraiment singulier dans le paysage français, où l’image et l’(im)posture comptent beaucoup. Il ne craint pas de déclarer son amour pour la variété et d’expliquer pourquoi il s’est souvent sabordé pour briser les chaînes des conventions qu’on tentait de lui imposer.
Sincère, entier, Didier Wampas n’a pas été avalé par le système et, quand il déclare que c’est toujours le plus nul en musique qui se retrouve au micro, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon propre exemple…
Quelque part, voilà, c’est ça : c’est un exemple pour moi et la lecture du livre n’a fait que confirmer ce que je pressentais depuis toujours.
Didier Wampas est le roi ! (D.L)
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