dimanche 3 mai 2020

LA PETITE HISTOIRE DE MEDUSA... EPISODE 1 : TDCM


« J’ai mis Raymonde dans le micro-onde, elle va roussir ma fausse blonde,
J’ai mis Raymonde dans le micro-onde, bronzage intégral en vingt secondes ! »
(Al Kapott, HP Love)

La petite histoire de Médusa Fanzine

Chapitre 1 : TDCM

            J’en vois déjà qui ricanent dans le fond, raillant mon esprit nostalgique et avançant à raison que j’ai déjà osé, plus souvent qu’à mon tour, le coup de l’anniversaire : dans le numéro 13 pour les 10 ans, dans le numéro 25 pour les 25 ans et maintenant sur ce blog pour les 31 ans et deux mois, nonobstant la genèse de Médusa fort bien contée par Christophe FOURNIER dans le numéro 7. J’avoue, je suis faible sur ce coup-là mais que voulez-vous ? On ne se refait pas, surtout si c’est pour être pire encore et je rumine une impression de gâchis et d’occasion manquée avec ces trente ans qui m’ont échappé, trop occupé que j’étais à lire des bouquins de sociologie barbants et à écrire un mémoire dont l’intérêt personnel côtoie les profondeurs insondables du néant, professionnellement c’est autre chose, mais je ne suis pas là pour ça…
            Alors oui, en février 2019 alors que je présentais Le masque du démon à l’audience toulousaine venue pour les 20 ans de l’Extrême Festival (décidément les anniversaires…) et que je dissertais sur l’avenir du futur du fanzinat au cours d’une table ronde (sans table), j’avais à l’esprit que Médusa Fanzine soufflait ses 30 bougies d’existence. Ça en fait des balais dans le placard et des films visionnés dans tous les formats et dans toutes les langues, sans se soucier toujours de la qualité de l’image, de la balance des couleurs ou de la provenance, des pages photocopiées et agrafées, des enveloppes oblitérées et expédiées, des lettres reçues où se conjuguent la jactance des uns et les remerciements des autres, des dépôts effectués, des bouquets de phalanges serrés et des souvenirs plein la tronche…
            Quand le premier exemplaire est paru, je n’avais aucune idée de combien de temps cela allait durer. Franchement, je m’en foutais même. La durée de vie d’un fanzine est drôlement variable, pas vraiment l’équivalent d’un placement sur le long terme. La fourchette est large, de l’éphémère à l’âge honorable. Néanmoins, si un ch’ti Mart McFly avait été de retour du futur et m’avait confié : « Tu sais ton petit fanzine-là, Médusa, ben il existe toujours en 2020 ! », je ne pense pas que je l’aurais cru. C’eut été un peu comme s’il m’avait raconté que l’Allemagne se réunifierait ou que nous pourrions battre ces bouffeurs de choucroute au football, je me serais foutu de sa trombine et pas qu’un peu !
            Pourtant, tout cela s’est bien déroulé. For real comme le souffle Joanna CASSIDY à Harrison FORD dans Blade Runner.  Alors,  j’ignore ce qui est le plus incroyable dans tout ça mais putain oui, Médusa a eu 30 ans. Trente ans dans une vie, c’est pas mal. Et je n’ai presque rien vu passer… ni le renard ni les années.
            Retour en 1989 donc, un petit encart dans le fanzine musical Illusion Perdue annonce sobrement la sortie prochaine de Médusa, fanzine du Fantastique. Une photo de La fiancée de Frankenstein illustre cette nouvelle alors que le petit texte comporte uniquement mon adresse : rien sur le contenu, pas une once du sommaire et nulle déclaration d’intention. A mes yeux, l’image se suffisait à elle-même. Une approche minimaliste louable mais qui n’attire point trop l’attention. 




En outre, ce qu’ignore probablement la plupart des gens qui virent cette pub, c’est que Médusa s’avère une sorte d’aboutissement, l’expression de mes balbutiements dans le fanzinat, le résultat de nombre d’essais et de brouillons plus ou moins réussis, des tentatives plus ou moins pertinentes, plus ou moins intéressants, des microzines, des feuilles de chou, des conneries imprimées ou ronéotypées sur du papier. En réalité, depuis trois ans déjà, j’inonde mes camarades de lycée (pour l’essentiel) de mes publications, bien aidé par quelques comparses dont un certain Christophe FOURNIER, mon plus vieil ami sur la croûte terrestre, rencontré alors que Raymond BARRE était premier ministre depuis peu. C’est vous dire si ça date. C’est avec lui que j’ai vu au cinéma Ghostbusters (dans une salle archicomble si bien que j’eus une nana de ma classe sur les genoux toute la séance ! who you gonna call ? Buttbusters !), Gremlins, Retour vers le futur, Prince des ténèbres (sa mère nous avait conduits, sur le retour elle nous demande ce que ça racontait et Christophe de retorquer : « Alors le diable est liquide dans un cylindre », je n’oublierai jamais le sourire mi-complice, mi-surpris de sa maman ce soir-là), Le jour des morts-vivants, Terminator et des dizaines d’autres. La plupart au cinéma Le Paris de Maubeuge et d’autres à Valenciennes comme Two-Evil eyes d’ARGENTO/ROMERO. Nous partagions également des dizaines de visionnages de VHS. Pour mes 14 ans, j’avais invité des copains et des copines (une première), non pas à une boum avec quart d’heure américain et danse frénétique sur les 99 ballons rouges de Nena mais à une séance de Zombie de ROMERO un mercredi après-midi… Cela reste un souvenir magnifique (en tout cas pour moi) mais je crois que les filles avaient apprécié le spectacle aussi malgré quelques moues de dégoût. Avec Christophe, nous écoulions les vidéoclubs du canton au guidon de nos scooters, le sien était rouge, le mien bleu. J’ai quelques gamelles mémorables en mémoire et des fous-rires inarrêtables. Dans chaque vidéo-club, nous épluchions le rayon horreur avec une précision diabolique pour dénicher la perle rare qui nous ravirait d’aise. Nous nous rincions les rétines en admirant les jaquettes qui nous promettaient monstres et merveilles. Inutile de vous préciser qu’aujourd’hui, la contemplation des DVD et des Bluray sur mes étagères bien qu’agréable ne me procure pas le centième de ce que je pouvais ressentir au VidéoSelf ou au VidéoKing. 




            Pendant les vacances de Noël 1986 alors que nous baignions sûrement encore dans les retombées radioactives de Tchernobyl, je passais le plus clair de mon temps à regarder des films fantastiques, manger du chocolat et jouer sur mon Commodore 64, un micro-ordinateur bien cool sur lequel je m’éclatais à Pitfall 2, Winter Games ou Summer Games (je vois encore les drapeaux descendre pendant que les hymnes retentissent…). L’informatique de cette époque-là n’avait évidemment rien à voir avec celle d’aujourd’hui mais je m’amusais bien quand même. Je maitrisais d’ailleurs plutôt bien le langage informatique « Basic » à force d’éplucher Hebdogiciel, un hebdomadaire tordant qui filait des programmes pour créer soi-même ses jeux ou ses logiciels. Dans Hebdogiciel, le ton était libre puisqu’il n’y avait pas de pub alors les rédacteurs n’hésitaient pas à exprimer le fond de leurs pensées (C’est de la merde !)  et il y avait même des dessins super trash de CARALI, bref du bonheur en barre. Donc, je me débrouillais pas mal avec les « print », « input », « goto », « poke » et tout le tralala. J’avais fréquenté aussi le club informatique de Monsieur PLUMECOQ au collège, professeur de mathématiques à ses heures perdues, un prof sympa mais qui se foutait de notre gueule lorsque nous répondions à côté de la plaque, sauf les jolies filles comme toujours. Au collège, j’avais l’impression que les gonzesses mignonnes jouissaient d’une sorte de totem d’immunité. Il suffisait qu’elles sourissent béatement pour attendrir tout le monde, moi y compris je dois bien le reconnaitre. J’en ai filé des Balisto et des BN dans l’espoir naïf d’être apprécié, je me suis bien fait arnaquer ouais ! D’ailleurs, l’une d’entre elles me l’avait glissé : « Tu es si candide ! ». J’avais pris ça pour un compliment, émoustillé comme un acarien au salon de la moquette avant de découvrir le sens de ce mot et garder mes barquettes saveur abricot pour ma consommation personnelle.  Monsieur PLUMECOQ animait également le club « concours » et, surtout, nous renseignait sur les inventions du futur : « Ils travaillent actuellement sur une montre-téléphone et une montre-télévision ». Peut-être avait-il pressenti quinze ans auparavant l’arrivée des téléphones cellulaires ? J’apprécie beaucoup le croire. En tout cas, je l’écoutais les yeux écarquillés et la bouche béante rêvant d’un futur de voitures volantes et de combinaisons argentées, autant dire que quand je prends la kangoo du boulot, le futur a une autre ganache…



            Le club informatique donc, flanqué de TO7 et de MO5, des ordinateurs français Monsieur mais dont les performances étaient très limitées, j’estime d’ailleurs que n’importe quelle cafetière programmable d’aujourd’hui a davantage de capacités que ces coquilles vides. Par conséquent, nous utilisions très peu les ordinateurs mais nous échangions beaucoup de jeux (à l’époque sur cassette audio) pour nos Commodore 64, l’ordi roi dans la première partie des années 80.  Les germanophones de retour d’un voyage au pays de SCHUMACHER (l’assassin de BATTISTON) nous avaient raconté, les yeux encore émus par l’envie, l’intérieur des maisonnées de leurs correspondants avec chaine hifi dernier cri, téléviseur avec télécommande et micro-ordinateurs. Nous fûmes plus d’un à commander l’objet au Père-Noël cette année-là.
            Noël 86 donc. Je bricole sur mon Commodore 64 : « The Didier Computer Magazine », programmé par mes soins qui offre aux utilisateurs un journal sur leur écran de télévision. Sans le savoir, j’avais quelques années d’avance… Le contenu laissait à désirer mais me réjouissait tout de même : le début d’une nouvelle, des fausses infos, une parodie d’horoscope, de météo, des blagues nulles… Il fallait cliquer sur la barre d’espace pour passer à la page suivante. J’avais soigné les fonds, multiplié les couleurs, réfléchi à la mise en page. Très fier de mon journal informatique, je filais le bébé à Christophe, qui avait aussi un Commodore. Oui, il fallait l’engin pour le lire, ça limitait d’ailleurs le nombre de potentiels lecteurs…  Peu importe à mes yeux, il s’agissait d’une farce, d’une occupation de vacances, d’un délire. J’aurais pu réviser mes maths ou parfaire mon commentaire composé mais j’avais préféré être créatif !
            Sa réaction enthousiaste dépassait mes espérances, Christophe avait adoré TDCM, étonné même par sa taille (quelques kilooctets mais à l’époque c’était beaucoup !). Il me proposait aussitôt son aide pour les numéros suivants et distribuait ce numéro 1 auprès de quelques autres camarades, heureux « commodoriens ».
Pour ma part, j’avais croqué la pomme et mangé le ver. C’était trop tard, le virus (pour le moment informatique) du fanzinat, de la presse bricolée était en moi et je n’en guérirai jamais. (D.L)

to be continued...



3 commentaires:

  1. Fabuleuses je ne sais pas mais ce sont les miennes !

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  2. Après-midi "Zombie", j'ai fait aussi mais entre mecs seulement. Et le Commodore 64... un copain en avait un, l'idée que le jeu "se trouvait" sur une K7 audio me fascinait!
    J'attends le chapitre 2, les souvenirs d'un bissophile, ça se boit comme du petit lait!

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