dimanche 19 juillet 2026
Horreur de Frappe n°2
Pour être un vieux briscard du fandom français (et, ne nous mentons pas, un vieux con aussi désormais), je sais d'expérience que, pour une publication, le fameux numéro 2, celui de la confirmation, est souvent attendu au tournant, aussi bien par les lecteurs que par les éditeurs. Le premier Horreur de Frappe, fanzine lillois, avait fait l'effet d'un soupirail que l'on ouvre dans une cave putride : un souffle d'air frais venant chasser les relents stagnants, comme une brise printanière ramenant avec elle le parfum des fleurs. À une époque où l'objet imprimé relève presque de l'acte de résistance (2026 et sa génération de tiktokeurs allergiques à la lecture – je caricature, mais c'est volontaire), ce premier numéro tenait du petit miracle éditorial. Sous nos yeux ébaubis (Ewing), il proposait un savant mélange de nouvelles, d'illustrations, d'humour potache (qui fait tache) et d'une sincère fantasticophilie.
La question était donc simple : ce deuxième numéro allait-il confirmer nos espoirs ? Eh bien oui. Trois fois oui !
Horreur de Frappe 2, ce sont 36 pages qui redonnent la banane et restaurent un sourire que l'actualité s'acharne trop souvent à éteindre. La formule reste inchangée, mais l'ensemble gagne encore en maîtrise. Les illustrations et autres dessins – dont plusieurs sont signés par Frank Dudin, avec lequel j'ai eu le plaisir de partager quelques estrades de cafés-concerts – dégagent toujours cette sympathique énergie artisanale qui me ramène, en tout cas, à cette époque bénie où les fanzines poussaient comme les pâquerettes à Pâques.
Le sommaire se révèle suffisamment éclectique pour éviter toute redondance, tout en conservant une véritable unité de ton, celle qui forge une identité. Et l'identité, je l'ai souvent écrit ou exprimé, constitue la clé de la longévité d'un fanzine, sinon de son succès – notion toute relative dans le monde des productions amateurs. Je n'ai d'ailleurs ni assez de doigts ni assez d'orteils pour compter le nombre de titres s'échouant lamentablement dès leur premier numéro et disparaissant pour toujours, faute d'avoir trouvé leur propre voix, préférant imiter, singer, voire plagier les vénérables aînés. Un écueil que Horreur de Frappe évite avec un panache réjouissant.
Cette pastille de fraîcheur est proposée au tarif dérisoire de 4 euros – moins cher qu'un soda en terrasse – et mérite largement de trouver sa place dans votre bibliothèque. Vous pourrez notamment la dénicher à La P'tite Boutique des Horreurs, à Douai, lieu aussi élégant que généreusement achalandé, véritable caverne d'Ali Baba pour les amateurs de fantastique et d'horreur.
(D.L)
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